Romans

L’Art de la joie de Goliarda Sapienza : Le roman culte qui change des vies.

Introduction

Il existe des livres qu’on lit, et des livres qui nous lisent, nous déjouent et nous transforment. L’Art de la joie, de l’Italienne Goliarda Sapienza, appartient sans conteste à cette deuxième catégorie.

Pourtant, son histoire est tout aussi fascinante que son contenu. Écrit il y a plus de 40 ans, refusé par tous les éditeurs, publié de manière posthume et presque confidentielle, ce monument de la littérature est devenu aujourd’hui un phénomène d’édition international.

Si vous tombez sur cet article en cherchant des informations sur ce livre, préparez-vous. Nous allons explorer pourquoi Modesta, l’héroïne sulfureuse, mérite une place de choix sur votre table de chevet, au Québec comme ailleurs.

Un résumé sans spoilers : L’ascension d’une rebelle

Warning : Ce livre n’est pas pour les âmes sensibles.

L’intrigue nous suit en Sicile, sur près de soixante-dix ans, traversant le fascisme, la guerre et l’après-guerre. Au centre du récit : Modesta.

Née dans la misère et abusée dès l’enfance, Modesta n’est pas une victime. Elle est une survivante dotée d’une intelligence froide et manipulateuse. Dès son plus jeune âge, elle comprend une chose essentielle : pour ne pas être écrasée par le monde, elle doit le dominer.

Le roman raconte son ascension sociale fulgurante. De petite paysanne sans éducation, elle va devenir une figure de la haute société sicilienne, utilisant les hommes, le luxe, l’éducation et le corps comme autant d’armes pour conquérir sa liberté.

Pourquoi le titre « L’Art de la joie » ?

Face à la rudesse du récit (violence, inceste, manipulation politique), le titre peut sembler ironique. Pourtant, il est au cœur de la pensée de Goliarda Sapienza.

Pour Modesta, la joie n’est pas le bonheur béat ou la mièvrerie. C’est un art de vivre, une affirmation absolue de sa propre existence.

  • La joie comme révolte contre le destin tragique.
  • La joie comme possession totale de soi et des autres.
  • La joie comme dépassement des limites morales imposées par la société.

C’est un roman philosophique déguisé en saga familiale. La « joie » de Modesta est celle de vivre intensément, même dans l’horreur.

Un manifeste féministe ahead of its time

Ce qui capt particulièrement le lectorat actuel (et c’est souvent pour cela que l’on cherche ce livre aujourd’hui), c’est la modernité désarmante du personnage principal.

Modesta n’attend pas d’être sauvée par un prince charmant. Elle est le prince charmant. Elle aime les hommes et les femmes, prend des maîtresses et des amants sans vergogne, et refuse le rôle de la femme sacrificielle qui prévalait dans l’Italie du début du XXe siècle.

C’est un roman sur la liberté sexuelle et intellectuelle à l’état brut, écrit par une femme qui a osé explorer les tréfonds du désir féminin sans filtre.

Les particularités de l’écriture de Goliarda Sapienza

Lire L’Art de la joie, c’est aussi entrer dans la tête tourbillonnante de l’autrice. Goliarda Sapienza a été actrice, ce qui transparaît dans son style d’écriture :

  • Une écriture organique : La narration suit le flux de la conscience de Modesta, avec des phrases longues, incantatoires, parfois violentes.
  • L’autofiction : On dit souvent que Modesta est l’alter ego de Goliarda. L’autrice a injecté ses propres traumatismes et ses espoirs dans son héroïne, donnant au roman une authenticité déchirante.
  • Un pavé (au bon sens du terme) : Avec ses 600 à 700 pages selon les éditions, c’est un investissement temps. Mais une fois la première page tournée, le lecteur est aspiré par le vortex de l’histoire.

Pourquoi les Québécois adorent ce livre ?

Au Québec, le public littéraire a toujours eu un faible pour les grandes sagas européennes et les héroïnes complexes (on pense à la popularité d’Elena Ferrante). L’Art de la joie parle cette langue universelle de la résilience.

De plus, le thème du rapport à l’Église et à la religion, présent en filigrane dans le livre (Modesta rejette le péché originel), résonne parfois avec notre propre histoire culturelle, même si le contexte sicilien est très différent. C’est un livre qui libère.

Faut-il lire L’Art de la joie ?

Si vous aimez les livres qui confortent dans vos opinions, passez votre chemin. Si vous cherchez une histoire qui vous bouscule, qui vous force à remettre en question votre morale et qui vous laisse haletant, alors oui.

C’est un livre fondateur, une expérience littéraire totale.

Informations pratiques :

  • Auteure : Goliarda Sapienza
  • Éditions courantes (en français) : Le Livre de Poche, Points, ou l’édition originale chez Gallimard (L’Arpenteur).
  • Prix moyen au Canada : Entre 25$ et 35$ (format poche souvent moins cher).

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